Citations, 52

Le christianisme a contribué à libérer l’homme et la nature, en la profanant il a déchaîné la volonté de connaissance et de puissance dans l’Occident postchrétien ; et c’est là que la “modernité” s’est développée. Mais aussi sa critique. On peut opposer que si selon la tradition chrétienne l’homme est le maître de la terre, il n’en est pas le créateur. Et un souverain digne de son nom ne ravage pas son royaume, et se préoccupe de le transmettre au moins intacte à sa descendance. Surtout la tradition chrétienne est formelle pour ce qui est de condamner l’obsession de connaître et d’exploiter. La volonté de puissance, comme pour d’autres grandes religions, est tenue pour maléfique et destructrice, le dénuement, le refus de la puissance et de la richesse, la pauvreté pour salvateurs. N’oublions pas que dans l’Évangile c’est la beauté fragile du lys des champs qui est offerte en modèle à l’homme. Le christianisme est à la fois responsable de la dévastation de la nature à l’Ouest et à l’Est, et porteur de la seule force qui puisse y mettre fin, à la fois poison et contrepoison. La découverte et la protection de la nature sont nées dans des pays protestants. Au point où nous en sommes, le mal étant largement fait, plus question de revenir en arrière ; ce n’est plus en deçà mais au-delà que se trouve l’issue. Non dans un retour à la nature mais dans son antithèse : un surplus de conscience.

« Quel avenir pour quelle écologie », Foi et Vie, 1988

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