Chronique de l’an deux mille (7)

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Bernard Charbonneau

Chronique de l’an deux mille (7)

(Article paru en juin 1978
dans Foi et Vie)

L’an mil ou l’an deux mil c’est le creux de la vague, le retour à zéro où l’on repart du bon pied, ou pas : le nihil, plutôt que le nihilisme qui n’est que bavardage sur le rien. Le monde où nous vivons se caractérise à la fois par le plein et le vide. D’une part il est de plus en plus (n’oublions jamais que sauf catastrophe il est condamné à devenir de plus en plus vite ce qu’il est) contraignant parce qu’encombré, toujours plus chargé d’hommes, d’événements et de lois, le mètre carré ou la seconde se faisant de plus en plus rares, et par conséquent la liberté de l’homme : la possibilité pour l’individu de penser, de se mouvoir, d’agir. Et si la liberté manque, les déterminations prolifèrent, en menaçant de s’organiser en Structure absolue, en théorie et en pratique. Mais d’autre part ce plein est vide. Il y a d’abord celui laissé par l’absence, infinie, de Dieu, l’absence de sens, de réalité, de vérité, de morale, de raison, finalement d’homme. Au moins à l’Ouest, mais il n’est pas dit qu’avec la retombée de la révolution, le nihilisme soit moins profond à l’Est sous le mince et dur vernis de l’orthodoxie officielle. Et de toute façon rien de tel qu’un blindage hermétique pour enfermer du néant. Ou s’en défendre : quelle panique devant la pensée dissimulent les divers fanatismes qui fleurissent sur le fumier du nihilisme ? Et quel nihilisme engendre l’échec des fanatismes ?

Aujourd’hui, comme la société, son refus est partout, ouvert ou couvert. L’individu y est d’autant plus isolé, déboussolé, semble-t-il d’autant plus libre intérieurement, que par ailleurs il est en tout physiquement contraint. Car ce monde en mouvement qui édifie partout ses nouveaux cadres, ne les dresse qu’en détruisant les anciens. C’est pourquoi nous sommes pris à la gorge – angoissés – autant par le vide que par le plein. Nous manquons d’air, serrés un peu plus près chaque jour par les exigences de plus en plus strictes de la grande ville, de l’argent, de la technique et de l’État. Mais dans la mesure où elle est privée de sens, cette discipline sociale toujours plus exigeante nous devient toujours plus odieuse. Et nous sommes tentés de vomir en bloc l’armée, le travail, l’école, et même l’hôpital qui devait mettre un terme aux maladies et à la mort, parce que – symbole de la société – pour nous sauver il nous arrache à notre foyer. Nous critiquons et parfois refusons l’ordre ancien, et depuis quelques années, le nouveau, prétendant à une liberté parfaite qui ne peut être que celle du rêve, notamment celui, préfabriqué, de l’art et de la culture. C’est pourquoi dans les sociétés industrielles les plus développées, ce n’est pas la révolution – à tout jamais fixée dans les prototypes de 1917 et surtout de 1789 – ni même la révolte proclamée, mais la névrose où se manifeste le plus communément le refus instinctif du consensus social. L’individu, qui ne peut pas plus se supporter au dehors qu’au-dedans de la société, s’absente du monde, c’est-à-dire d’un cosmos qui devient un pur produit social, en se réfugiant dans la maladie avec l’accord devenu plus bienveillant de la collectivité qui élimine ainsi ses toxines. C’est sans doute la raison de la valorisation de la folie par les spécialistes de la petite folie rentable, c’est-à-dire ceux de la culture ou de l’art.

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Quand on vit en pleine campagne, ou ce qui en reste, la culture est sacrifiée à la nature, et il n’est pas question d’aller tous les jours au ciné comme en ville. Mais quand il faut faire plus de soixante kilomètres pour voir un film ce n’est plus l’habitude mais le choix qui vous guide. Et aujourd’hui celui de l’individu est en général téléguidé par la société, c’est-à-dire par les critiques des journaux, qui sont plus ou moins justifiées, comme je tenterai de le montrer en faisant l’analyse des trois seuls films que j’aie vus depuis plusieurs mois : La Flûte enchantée de Mozart, d’Ingmar Bergman, Nashville, de Robert Altman, et Vol au-dessus d’un nid de coucou, de Milos Forman. Ma critique ne jouera pas le jeu qu’il est convenu de jouer dans la rubrique des spectacles. À mon avis, toute forme impliquant un fond, dans tout produit culturel s’exprime à travers la sensibilité et l’esprit d’un individu ceux d’une société et d’une époque ; et le travail du spectateur réfléchi est de faire passer dans sa conscience ce qui fut occulté ou dit à demi-mot. Mais il y a des œuvres plus ou moins significatives. C’est pourquoi j’insisterai sur celle qui est, sinon la plus belle, la plus proche d’une question et d’un sens profond : le film de Milos Forman sur le conflit de la raison sociale moderne et de la folie.

Il faut cependant d’abord remonter à la source de la modernité : la philosophie des Lumières, dont la plus sublime expression est La Flûte enchantée de Mozart. Il est significatif que ce soit le meilleur peintre de la crise de l’individualisme occidental, Ingmar Bergman, qui ait choisi d’en faire un film. L’auteur de Huit et demi, Fellini, témoin du pur néant plutôt que de la crise, était moins qualifié pour réussir dans cette entreprise que celui du Septième Sceau. En faisant La Flûte enchantée, Bergman revient au Paradis perdu, comme les Occidentaux de la société du jazz et de la musique atonale retournent à Bach. Mais à la différence de celui-ci, le clair jaillissement de Mozart vibre déjà d’une secrète brisure. Non, nous ne reviendrons jamais à l’enfance perdue : ce sont des décors de carton que la magie de la musique transforme en jardins d’Armide.

Je n’ai qu’une chose à dire des qualités du film de Bergman. Le plus bel éloge qu’on puisse en faire c’est qu’en l’illustrant, il n’a pas trop trahi Mozart. Mais il ne pouvait le faire qu’en insistant sur l’aspect enfantin pour nous modernes de cet opéra maçonnique : enfantin, c’est-à-dire jaillissant et pur, mais aussi révolu si on le considère en adulte, sinon en représentant d’un âge qui tire sur sa fin. Ce n’est pas pour rien que dans le prologue du film l’objectif insiste sur un visage d’enfant, et que ce sont des enfants qui interviennent chaque fois que le rêve menace de tourner au cauchemar. Et il s’agit bien en effet de l’enfance naïve de la modernité ; infiniment moins naïve est la musique lorsqu’elle s’élève vers les hauteurs ou plonge dans les enfers secrets que dissimule le conte bleu du Progrès. Bergman d’ailleurs a remarquablement su mettre en valeur par l’image le sens caché de la musique, bien mieux qu’un livret passablement informe. Il dégage ainsi le caractère religieux du message maçonnique : rêve du triomphe du Bien sur le Mal, d’une purification, d’une réconciliation de l’homme et de l’homme, de l’homme et du cosmos. Mais c’est un prix d’une ascèse qui – nous semblons l’oublier – implique selon une tradition millénaire des épreuves à traverser. Seulement – et c’est peut-être là toute la question, il ne suffit pas de traverser un instant l’enfer préfabriqué d’une loge maçonnique pour renaître sur terre à une autre vie, c’est toute leur vie que Tamino et Pamina devront quotidiennement affronter les périls, le mal et l’absurdité. L’échec du rêve enfantin de la Flûte enchantée c’est d’avoir cru que quelque Sarastro pouvait faire descendre le ciel sur la terre. Seule l’indicible musique peut évoquer les chants du Paradis. Mais comme c’est à nous, faillibles et mortels, qu’elle s’adresse, elle ne le fait qu’en éveillant une douloureuse nostalgie. Et quand elle se tait, la fête est finie.

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L’enfer pour un esprit humain, c’est la disparition du sens : la folie. De ce point de vue on peut dire que le film de Robert Altman, Nashville, est une réussite. Mais comme certains films de Godard, il colle si bien à son objet, le chaos, la discontinuité moderne, que lui aussi, ne signifiant rien, n’a rien à nous dire. Les hurlements, les formes, les feux, les cris et les fumées (un bon auteur a dit le bruit et la fureur) n’ont d’intérêt que si, venus d’ailleurs pour s’en aller ailleurs, quelque Tamino et Pamina les traversent.

Le titre aurait pu faire croire qu’une fois de plus un Américain allait nous parler de l’Amérique, c’est-à-dire du vestibule de l’an deux mille. Mais pour qu’il y ait un discours ou une histoire de la réalité, il faut un minimum de sens : de critères, de raisons, de plan. Ce qui a fait jusqu’à présent la valeur du cinéma américain c’est la survivance d’un minimum de croyance en une réalité, une raison, une morale communs à tous : techniquement en avance, l’Amérique était restée jusqu’ici en retard par rapport au nihilisme européen, mais on sait qu’elle a l’aptitude à mettre les bouchées doubles. Le film d’Altman est un assemblement sans queue ni tête d’images et de personnages, plus ou moins névrosés du show bisness. Certes il y a une intention critique. Mais finalement elle se réduit à la mise en cause, bien moins vigoureuse que dans tant de films américains, des affairistes et des politiciens ; quant à la morale, s’y attaquer c’est frapper sur un cadavre déjà passablement pourri, reste le sexe qu’on retrouve comme partout ailleurs. Dans tous les discours où l’auteur n’a rien à dire, le problème c’est la fin : un coup de pistolet dont les raisons ne sont pas très claires met un terme à un film qui eût pu durer sans cela indéfiniment.

En elle-même la folie, individuelle ou collective, est sans intérêt. Elle ne parle qu’à la raison, mais quelle raison ? Celle qui est sociale ou qui est personnelle ? La supériorité éclatante d’un film comme celui de Milos Forman est de nous entretenir d’un problème réel parce qu’il nous raconte une histoire rigoureusement construite. Je la résume brièvement pour ceux qui auraient oublié le contenu de Vol au-dessus d’un nid de coucou. Un directeur de prison américain se débarrasse d’un pensionnaire trop encombrant en le confiant à un asile. La section où on le met est gouvernée par une infirmière-chef qui, sous prétexte de soins, exerce sa volonté de puissance, et le nouveau pensionnaire entre en conflit avec elle. Il tente de réveiller le goût de la liberté des autres internés et devient l’ami d’un colosse indien qui simule le mutisme. Il réussit tout d’abord à mettre le chaos dans l’ordre établi par miss Ratchett, mais celle-ci finira par l’emporter après diverses péripéties humoristiques et tragiques.

On peut différer d’opinion, il n’en reste pas moins, qu’à la différence d’un film comme Nashville, un récit nous est fait qui nous tient de bout en bout, un problème de fond est posé, qui nous oblige à réfléchir. Ce sérieux est sans doute dû à une passion de la liberté cultivée par le totalitarisme au pouvoir en Tchécoslovaquie, d’où Milos Forman est originaire. Le choix du physique des acteurs, le réalisme de leur jeu et de la mise en scène conformément aux traditions de l’école américaine, nous aident à croire à ce que l’on nous dit et à nous donner l’illusion de la vie. Cet hôpital psychiatrique, ces malades, cette infirmière-chef, ces infirmiers rigolards mais stricts sur la consigne, ce vieux directeur désabusé, nous aurions pu les rencontrer en France. Cette affaire nous concerne, la fantaisie lorsqu’elle intervient n’a rien de gratuit, les divers objets qu’on nous montre, comme dans la réalité, ont un sens à la fois pratique et symbolique. Ce milieu, ce langage n’ont rien d’imaginaire ou de folklorique, c’est le nôtre, celui des sociétés développées. Ce serait une erreur d’y voir une critique des USA, ce n’est que lorsque le trait faiblit en devenant plus gros vers la fin qu’elle donne cette impression. Tous les détails ont été pesés ; c’est ainsi que le choix de personnages de toutes races, américains, asiatiques, africains, fait aussitôt saisir qu’il s’agit bien de la société en général. Et l’abstraction glacée de l’hôpital le souligne.

Ce que le film de Milos Forman met ici en cause c’est l’institution, à première vue la plus légitime, de toute société moderne : l’asile psychiatrique qui a pour but de réinsérer les aliénés dans la vie normale. Mais qu’est-ce qu’un aliéné, une vie normale ? – Bien que, dire « nous sommes tous des aliénés » revienne à esquiver le problème, autant qu’en disant : nous sommes tous normaux, n’était-ce quelques fous. En s’attaquant à une institution aussi indiscutable – au moins jusqu’à l’antipsychiatrie – le film conteste le droit de toute société à définir la norme contre la subjectivité et la liberté de l’individu. C’est celle-ci qui est l’axe de l’histoire, le fil rouge qui manque à Nashville, et à tant d’autres discours nihilistes. Vol au-dessus d’un nid de coucou est un cri de révolte inspiré par la passion de la liberté contre la société. Quant à la fin le colosse indien s’ouvre un chemin à travers les grilles de la fenêtre en y jetant le bloc hydrothérapique que son ami avait tenté en vain de desceller, ce passage s’ouvre sur la nature, les immensités forestières et brumeuses où le promeneur solitaire aimait se perdre. Il faut sans doute avoir subi la contrainte totalitaire pour prendre aussi totalement le parti de l’individu contre la société.

Mais, tel qu’il est, sauf exception, l’homme le peut-il ? Soucieux du vrai, Milos Forman est le premier à nous suggérer le contraire. N’était-ce l’exception du colosse indien, du dernier bon sauvage, sans laquelle le spectateur quitterait la salle désespéré.

Le film passe en revue tous les échecs possibles de la liberté. La société, qui est physiquement la plus forte, brise le principal héros qui a tenté d’étrangler l’infirmière-chef après le suicide d’un malade, en modifiant son cerveau et il ne reste plus à son ami qu’à le tuer pour le sauver de la déchéance. Miss Ratchett reprend sa fonction ; d’ailleurs il est impossible de l’assassiner, elle a mille têtes, et de plus une raison d’être qui la ressuscite chaque fois que la nécessité l’exige. Et quand le héros demande aux malades de s’enfuir, en dépit de leur désir ils ne le peuvent, car l’asile – la société – c’est l’abri, la sécurité. Comme pour chacun de nous, si l’organisation sociale limite notre liberté, par ailleurs elle nous délimite un horizon en nous fixant des règles sans lesquelles, même si nous les refusons nous serions perdus. Elle nous assure, avec un milieu, le vivre et le couvert, elle nous soigne, dans tous les sens du terme. Nous rêvons de liberté, mais nous n’avons pas la force d’en supporter les privations, la solitude, les angoisses et les risques. Nous sommes prêts à fuir l’asile, mais pas maintenant, plus tard quand nous serons guéris. La force de la société est d’abord faite de la faiblesse des individus qui la composent.

J’espère avoir donné une idée de l’importance du problème si efficacement posé par Vol au-dessus d’un nid de coucou. Et il n’y a pas de plus bel hommage que de dire d’un divertissement qu’il donne à penser. Ceci dit, comme toujours, si la partie critique est une réussite, si l’opposition de la liberté et de la société moderne est fortement exprimée, la faiblesse de l’œuvre est dans la partie positive. La première moitié, purement descriptive, parce que voulant moins prouver est beaucoup plus probante que la seconde où la démonstration est bien plus appuyée, plus mélodramatique parce qu’il faut bien une conclusion. Le sérieux l’est d’autant plus qu’il se cache sous l’humour. La description de l’arrivée à l’asile, du milieu et de ses fonctionnaires est d’une objectivité parfaite. L’inévitable mépris de la personne qu’implique le rapport des soignants et des soignés de l’esprit se dégage du simple exposé des faits. Ainsi la distribution des tranquillisants destinés à assurer, autant que la tranquillité des malades, celle du personnel. Mais c’est surtout le cas de la psychothérapie de groupe où l’individu est forcé de révéler en public – pour son bien naturellement – le plus secret de lui-même : pas besoin de proclamer ex cathedra à quel point la personne est niée par certaines techniques qu’on disait jusqu’ici neutres, l’image suffit. Mais d’autre part, si la psychothérapie de groupe vous guérit, ou plutôt si elle vous réinsère dans la société ? Si la négation de la liberté vous rend la liberté ? En tout cas le risque est total, et il semble que jusqu’ici notre société en ait pris un peu trop vite son parti. « À la prison je sais pour combien j’en ai, pas ici », déclare à peu près le héros de l’histoire. Et que lui répliquer ? La société technicienne justifie son arbitraire au nom de la raison, mais la raison et le pouvoir médical sont le fait d’hommes ayant les faiblesses de toujours, les intérêts et les préjugés de leur époque, il leur faut de bien grandes vertus pour ne pas y céder un jour ou l’autre. Et si l’arbitraire scientifique et technique est moins irrationnel et brutal que celui d’autres pouvoirs, celui de l’asile est en un sens bien plus grand que celui de la prison où l’on ne vous enferme, après procès et jugement, pour un temps fixé, et où jusqu’ici le coupable, qui est aussi le responsable, n’était pas traqué jusque dans son for intérieur. Le film nous prévient qu’une société où il n’y aurait plus de coupables mais seulement des malades risquerait d’être pire que l’ancienne sous des dehors hygiéniques. Et il n’est pas dit que sous les apparences de la rationalité et de l’objectivité, le pouvoir total qu’attribue la compétence ne réveille le goût du pouvoir pour le pouvoir et du sadisme.

Cependant, les hommes n’étant pas des dieux qui n’ont pour règle que l’inspiration du Saint Esprit, peut-il y avoir une société, non seulement sans casernes ni prisons, mais sans école et sans asile plus ou moins clos : sans pouvoir du commandant sur le commandé, de l’enseignant sur l’enseigné, du savant sur l’ignorant, du soignant sur le soigné ? Peut-il y avoir une société sans normes, sans définition explicite ou implicite du normal et de l’anormal entraînant une exclusion qui est aussi enfermement, c’est-à-dire une société sans société dont la seule règle serait la liberté de l’individu ? On peut penser que nous n’en prenons pas le chemin, bien au contraire, dans un monde scientifique et technique porté à tout normaliser, pas seulement par goût du pouvoir mais parce que telle est sa logique interne. Ce qui explique, en même temps que la généralisation de l’organisation la montée de la révolte partout où elle n’est pas réprimée ou intégrée. Sommes-nous capables de nous prendre en charge, alors que de plus en plus nous prenons l’habitude qu’on nous dise ce qu’il faut penser et faire, et d’attendre de la science, de la technique et de l’État, un secours que nous sommes incapables d’attendre de nous-mêmes ? Si nous voulons la liberté, un beau matin il nous faudra tant soit peu choisir contre un Progrès qui est celui de l’organisation.

Je crains que la seule issue à un aussi grand désir de liberté au moment où elle devient si faible ne soit comme dans le film de Forman l’évasion dans le rêve, un espace ou une nature mythique, dans un reflet poétique qui s’éteindra avec les projecteurs. Pour une conscience lucide – mais elle se refuse au jeu de la culture que la société de miss Ratchett nous invite à jouer – qui n’oublie pas la vie quotidienne qui l’attend au dehors, cette fin est profondément désespérante. Car on ne peut s’évader de cette façon de l’asile réel. Nous ne sommes pas des colosses indiens, le bloc sanitaire est autrement scellé, la surveillance autrement méthodique. Et l’espace réel qui nous attend dehors n’est plus celui de la nature libre. Il est quadrillé par la police et l’administration, recensé pour l’établissement des Plans d’occupation du sol. Au dehors ce qui nous attend, ce n’est plus une savane dans la brume de l’aube, ni même une campagne où nous pourrions prendre le maquis, mais une zone urbaine et industrielle, ou une réserve naturelle encore plus soigneusement gardée. Il n’y a plus de nature où l’individu pourrait se perdre mais seulement un espace social dont l’asile n’est qu’un canton. La seule évasion qui nous reste est celle des paradis artificiels de la culture, c’est pourquoi Milos Forman nous l’offre à la fin. Et nous pouvons être sûr qu’un jour c’est l’asile lui-même qui nous la fournira à la télé ou sous la forme de quelque drogue soi-disant inoffensive.

Il est peu probable que, tels que nous sommes, pour de multiples raisons anciennes et nouvelles, nous puissions sortir de la société. Nous ne pourrons nous passer d’un minimum de normes et d’asiles pour anormaux – pour s’en tenir à cet aspect de la question. Et l’ersatz parfaitement satisfaisant de liberté que nous procure ici ou là la société lui permettra seulement de resserrer partout ailleurs nos chaînes. Tout ce que l’on peut espérer, à rebours de l’évolution qui se poursuit depuis plus d’un siècle, c’est qu’au lieu de tout normaliser le processus s’inverse, et que le champ libre le plus vaste possible soit laissé à la liberté de l’individu. Qu’au lieu de traiter la masse des hommes en mineurs qu’il faut enseigner ou en malades que les techniciens et les techniques de soins doivent guérir en permanence, on réduise au maximum le domaine de l’hôpital et celui de l’asile, ouvert le plus possible sur l’extérieur. Une telle proposition n’a rien d’original, elle va dans le sens de certaines tendances psychiatriques antipsychiatriques récentes, et le héros du film lui-même en menant les malades à la pêche se comporte en soignant d’avant-garde. Car la norme profonde mais insaisissable, la dernière qui nous reste, c’est la liberté : l’hôpital psychiatrique ne la nie que pour nous la rendre, s’il la niait définitivement, il nous rendrait pour toujours fous. Mais on ne pourra que repousser la frontière plus ou moins close qui sépare le normal de l’anormal, ne faudra-t-il pas maintenir autour des grands agités le mur qu’on supprime autour des autres malades ? Le pas en avant qu’on peut faire en ce domaine, comme dans d’autres, ne sera pas le dernier et il ne pourra être fait qu’avec des efforts d’imagination, plus de personnel, plus d’argent, et non sans risques.

En tout cas une chose est certaine, ce n’est pas en déclarant que nous sommes tous normalement anormaux qu’on repoussera la barrière Simplement elle nous englobera tous, et l’asile s’étendra à la totalité de la ville et de la campagne : nous n’aurons pas la liberté mais son illusion parfaite puisque l’intérieur ce sera aussi l’extérieur. L’asile – la société – qui libère sans opprimer n’existe pas ; ce n’est pas sa fonction, qui est seulement de réaliser au prix d’une organisation plus ou moins contraignante, certaines conditions de la liberté. Elle occupe automatiquement le vide laissé par la faiblesse des individus, leur incapacité à vivre et à s’unir librement à autrui. Si devant elle nous ne savons que fuir, nous serons toujours repris. Ou bien dévorés par les fauves qui hantent la nature, à commencer par la nôtre.

Système stellaire

L’an deux mil c’est le total, sinon le totalitaire. La Grande Mue ne fait pas le détail, elle change tout : la Gascogne et l’Antarctique, le couvert et le gîte. Pas un instant, ni un pas de notre existence sur terre qui ne soit répertorié, classé aux fins de production, à la lumière du Soleil : la Valeur, qui fait d’une auto, d’un repas, d’une vue ou d’une vie un objet négociable de troisième, seconde ou première catégorie. (Le système en se raffinant les multiplie.) Ainsi chacun peut savoir à tout instant ce que vaut ce qu’il achète, donc sa personne.

Or, de tout temps le plus haut symbole de la valeur fut l’étoile. Une, deux, trois, quatre ou à la limite cinq ; car en pays postchrétien il vaut mieux ne pas dépasser ce chiffre au-delà duquel leur cote tomberait en Bourse. Dans ces limites vous serez sauvé, et malgré la mort de Dieu, le ciel et la terre retrouvent ces brillants points fixes à quoi ils s’amarrent. À défaut d’un sens, il n’est rien qui n’ait sa valeur sociale. Un, deux, trois, quatre… Un coup d’œil sur le képi ou le Michelin, et vous voici fixé : devant l’Himalaya, à la Sixtine ou chez Lasserre vous en avez pour votre argent. À la condition de vous en tenir à l’univers que ce soleil éclaire.

Pour cerner plus précisément ce problème, je me référerai à un petit canton de notre galaxie, où le signe stellaire devient particulièrement impératif : la constellation hôtelière. Vivant au bord du chemin de Compostelle, l’auteur de ces lignes eut dernièrement l’idée d’aller voir une de ses plus illustres étapes : la ville du Puy. Arrivé en pleine nuit, n’ayant pas le temps de chercher un hôtel dans la vieille ville selon sa mauvaise habitude, il dut se résigner à se loger dans un de ces caravansérails que les chaînes et la politique hôtelière édifient (?) dans nos séduisantes banlieues. N’ayez crainte, si vous craignez les voyages, Singapour ou Le Puy c’est kif kif. Aux guichets de ces réceptacles climatisés vous n’aurez pas la fatigue d’établir des rapports humains, ils sont nuls, une signature et vous voici pris en charge avec votre valise et hissé dans un ascenseur où Bach vous tient compagnie. Pour ce qui est de la chambre (style désign, chiottes dans la salle de bains et télé en couleurs) pas plus de surprise, c’est du contreplaqué lamifié, aplati et plastifié. C’est un cadre pour cadres, ce qui explique sans doute la forme généralement cubique ou rectangulaire de ce type de bâtiments –, mais le dernier cri à Dallas c’est le rond ou l’ovale de couleur gaie : ne prenez donc pas cet air sinistre. Quant aux prix – une fois encore je m’excuse d’agiter ce genre de questions dans une revue de haute tenue spirituelle – il a été longuement étudié par les spécialistes à la direction de la chaîne et au ministère. Les frais d’études le font monter entre 100 et 200 francs la nuit. N’oublions pas que c’est un quatre étoiles, que vous avez la télé en couleurs et vingt pas en moins pour aller pisser. Vous n’avez pas fermé l’œil de la nuit parce que votre dortoir est situé sur une grande route, ne vous plaignez donc pas si le silence est encore en vente libre. Pour casser la croûte, elle aussi plastifiée par l’usine à pain, vous avez le choix. Comme le système est démocratique il nous propose, à côté du restaurant folklorique d’en bas où le prix fixe moins les suppléments est à 35 francs, le grill libre-service (parce que c’est vous-même qui le faites) où vous trouverez un hamburger frites réchauffé pour 20 francs. Je vous conseille plutôt de prendre la porte et d’aller voir s’il y a encore une ville et ses caboulots.

Maintenant passons à l’inverse. Le système étant en expansion ou en éclatement, progressivement accélérée, cela suppose qu’il y ait encore dans le noir de la galaxie, quelque espace à occuper ; le jour où ce sera fini il faudra qu’il explose ou se gèle. Donc il y a encore des bourgades où l’on trouve ce que l’on appelait un hôtel – ne parlons pas de l’auberge qui devient snob. Ainsi à M… gros bourg du Toulousain ; allez-y si vous aimez la brique rose, ce n’est plus à Toulouse que vous la trouverez depuis qu’elle est enrichie par le fuel. Il n’y a qu’un hôtel très ordinaire, tout juste orné d’une étoile parce qu’il le faut bien. (Et même je n’en suis pas très sûr.) Si vous arrivez quelque peu en retard, vous y êtes reçu de façon avenante par la vieille dame qui tient la maison, le personnel se réduit à son gros rougeaud de fils qui joue tour à tour le serveur et le cuisinier. En bavardant elle vous mènera à une chambre qui n’a pas la télé et les waters mais quand même une baignoire, et elle vous coûtera 25 francs. Et au repas, qui en vaut 15, pour une garbure, une salade et un steak accompagné de frites qui sortent juste de la poêle, quand vous choisirez un cahors à 10 francs sur la carte, le gros garçon vous dira : « Mais prenez plutôt le minervois de la maison qui n’en vaut que 5, nous le faisons venir en tonneau et le mettons en bouteille nous-mêmes. » Des gens pareils, il faut les tuer car ils déshonorent l’Hôtellerie française.

Laissons là cette bourgade, elle ne perd rien pour attendre, et revenons à la galaxie qui est en train de tout englober. Ce qui se passe dans le secteur de l’hôtellerie est un signe particulièrement caricatural, de ce que nous avons jusqu’ici appelé le développement. J’en parlerai avec passion en usant de la première personne du singulier, car l’auberge ou l’hôtel est un des lieux clefs de la fête et de la rencontre humaine, et tout ce qu’il est ou devient concerne la perte ou le salut. J’ai aimé la terre et ses habitants et je l’ai longtemps parcourue à pied, ce qui est déjà trop rapide. Et quelques-unes de mes meilleures joies je les dois à des hôtels de campagne (je leur dois aussi trois ou quatre nuits dévoré par les punaises et cent par les puces). Pas de télé couleur et la salle de bains au bout du couloir, quand il y en avait une. Mais quels festins parfois, pour un prix accessible à tous, et quelle vue sur le bocage ! Il est vrai qu’ils se perdaient dans le silence et la nuit, et que nulle organisation touristique ne leur accrochant une étoile au cul, c’est à vous de les découvrir à vos risques et périls, qui n’étaient quand même pas très grands.

Or la planification du tourisme est en train de développer là comme ailleurs l’usine hôtelière aux dépens du petit et moyen entrepreneur : c’est le Mapotel, Tourotel, Frantel, Christel que le grand capitalisme développe. Et comme il se doit, ces entreprises étant plus rentables, c’est à elles que vont les subventions. Le capitalisme l’exige, et aussi le socialisme qui élève lui aussi ses cubes roses sur les bords de la mer Noire. Que ce soit chez M. Ford, de Gaulle ou Ceaucescu, la Vérité hôtelière c’est le cube ou le rond (dans le meilleur des cas), plus il est gros plus il est beau, bâtir autre chose serait antiéconomique ou antimarxiste. Ce genre de container ne pousse pas sur la terre, quelque On – capitaliste ou d’État – l’y parachute, et il fera son trou aussi bien dans les glaces du Groenland que dans les palmes des Marquises. Car c’est la raison, la géométrie en quoi toutes les familles spirituelles de l’espèce humaine communient.

Et la raison c’est l’Hygiène, qui a fait que les mouches ont disparu aussi bien de Chine que des USA. Si vous vous interrogez sur le prix de la nuit, il ne peut être justifié par l’espace et le silence, vous les retrouveriez ailleurs à bien meilleur marché. Ce n’est pas non plus la qualité du service ou de la cuisine que vous rencontrez, très exceptionnellement dans quelques hôtels de très grand luxe qui ne font guère payer plus cher que le quatre étoiles standard ce genre de raffinement. Ce que vous payez outre quelques gadgets c’est ce que notre société appelle significativement le « sanitaire », la baignoire et les waters en vertu de quoi les étoiles sont distribuées. C’est la climatisation qui ne vous distribue pas seulement le chaud en hiver (vous le trouvez aussi bien dans le petit hôtel de M…) mais le frais en été. Luxe particulièrement nécessaire à Dunkerque ou à Oslo, d’autant plus que dans certains cas pas question d’ouvrir la fenêtre et les volets sur la nuit étoilée, il y a trop de bruit, et d’ailleurs ni fenêtre ni contrevent.

On voit donc qu’il est parfaitement raisonnable d’investir des milliards dans une géométrie qui permet au touriste d’aller voir ailleurs si c’est pareil pour 200 francs la nuit. Vous me direz aussi qu’à ce prix, ces récipients quatre étoiles vont manquer de clients. Quelle erreur ! Le système hôtelier est parfaitement intégré dans celui des transports qui véhicule là où il faut le cheptel du système économico-bureaucratique. Le particulier ne s’égare guère dans de tels endroits, ce sont les agences, grandes entreprises, colloques ou congrès qui livrent du client à la tonne : du cadre encadré standard parfaitement adapté à un cadre standard. Et si le peuple ne peut pas s’offrir encore le quatre étoiles, avec quelques sacrifices subventionnés par l’État, il pourra passer demain dix jours par an dans ces lieux de rêve, cela se fait déjà paraît-il à Cuba. Où on lui bâtira des WF qui répéteront en un peu plus petit le divin Modèle.

On me dira qu’on aurait pu imaginer une autre politique hôtelière, bien moins coûteuse pour l’État, l’usager et l’environnement urbain ou rural, et bien plus avantageuse pour l’emploi, qui réinventerait l’auberge et le petit hôtel. Mais ce serait demander au Changement de changer radicalement. Il ne le peut sans renoncer à son système, qui doit être le seul. La politique du container hôtelier peut sembler particulièrement absurde, elle est significative de l’entreprise chaotique et rigoureuse qui, dans tous les autres domaines, est en train de bouleverser – et peut-être de détruire – la terre. Le Cubotel, Sphérotel etc. n’est rien d’autre que l’Idéal réalisé, le Phalanstère – Fourier l’avait déjà conçu comme une sorte de Palace –, où tout homme échappant aux vicissitudes du climat et de sa liberté privée, se lavera, se nourrira et dormira comme il se doit.

Ainsi transporté de formica en formica par Concorde ou Airbus, nourri, logé, contrôlé, nous ne sortirons plus de cette cellule édifiée comme d’autres autour d’une cuvette. Cela vaut bien 100 francs la nuit quand même ?

Un nouveau chapitre du système de développement :
le système de l’eau

Pour finir, une fois de plus, passons de la société à la nature. Car là aussi celui qui la nie doit se substituer à elle en fabriquant des éléments qui étaient autrefois donnés. Le vide appelle le plein, le chaos, le Système qui contrôlera jusqu’à la moindre goutte d’eau, le moindre souffle d’air.

L’Europe développée, notamment la France, par suite d’un été exceptionnellement sec, découvre qu’elle manque d’eau. Mais cette sécheresse, accidentellement climatique, est profondément sociologique. Car le Béhémoth industriel vit de l’eau : ce ne sont pas seulement ses marinas qui ont les pieds dedans, mais ses usines et ses vergers. S’il suffit d’une centrale atomique pour consommer l’étiage d’un fleuve, une pompe canon assèche un ruisseau. Or l’industrie agricole est partout ; si le champ et le pré se transforme en zone industrielle c’est cette fois la totalité du chevelu hydrographique qui sera transformé en oued où suintera un filet de pus. Il se pourrait bien que dans une échéance proche, si la croissance exponentielle se poursuit comme il est probable, le grand problème politique de l’Europe ne soit pas de voter à droite ou à gauche, mais de savoir quelle sera la politique de l’eau : celle qui la ménage, ou celle qui l’aménage aux fins d’en consommer jusqu’à la moindre goutte. En attendant le grand soir où, la mer ne recevant plus qu’un réseau d’égouts saturés d’ordures et de chimie, c’est à elle qu’appartiendra le dernier mot.

Mais quelles sont les réactions de l’opinion française, ou plutôt des médias qui la font ? À peu près celle-ci : puisqu’on manque d’eau il faut en consommer encore plus, en particulier en développant l’irrigation. Le Monde nous prévient que d’ici dix ans elle doit tripler. De son côté L’Express nous montre une sorte de steppe où sèchent çà et là quelques rangées de maïs. C’est la Bretagne, pays de roches imperméables et de nappes superficielles où le désastre est particulièrement grave. Mais le journal oublie que cet Oklahoma des raisins de la Colère fut le vert bocage breton. Sous prétexte de productivité, un remembrement absurde y a détruit le cloisonnement d’arbres qui entourait les parcelles et les ruisseaux ; on aurait pu élaguer, on a rasé pour le plus grand profit des géomètres et des entrepreneurs. Et quand l’orage viendra, on s’étonnera de voir le pays enseveli sous la boue. Mais qu’on ne s’inquiète pas, le même Génie rural construira des plans d’eau pour remédier à la sécheresse qu’il aggrave. Et pour maintenir la fraîcheur, l’ONF plantera des résineux en ligne.

Mais la France n’utilise encore qu’une part médiocre de l’eau qui lui tombe du ciel : de 20 à 25 %. On s’étonne de voir le Rhône ou la Seine de rejeter encore une proportion importante d’eau mêlée aux autres produits : quel gaspillage. Ne parlons pas de celle qui se perd en alimentant les nappes phréatiques, ou qui s’évapore, notamment sur les nouveaux plans d’eau stagnante. Comment récupérer ces 75 % perdus pour tout le monde ? – L’Express nous donne la recette. Le réseau hydrographique de papa c’est fini, il n’y aura plus que l’adduction d’eau contrôlée par l’État et la Lyonnaise qui a un bel avenir devant elle. Les crues étant entièrement stockées dans de grands et petits barrages, et les divers bassins interconnectés, l’ordinateur répartira selon le programme. Comme pour les bagnoles il y aura des « autoroutes » de l’eau. Les cours d’eau étant en voie d’être canalisés on passera tout naturellement à la canalisation : d’où non seulement plus de crues mais plus de mauvaises odeurs et de l’espace pour les parkings et autoroutes. Reste il est vrai l’Océan qui pourrait réagir. On s’en occupera plus tard une fois qu’on sera d’accord. Décidément la Lyonnaise des eaux a un bel avenir devant elle.

Le système proposé pour le recyclage du réseau hydrographique, enfin rendu rationnel et utile n’est d’ailleurs qu’un chapitre de la grande mise en ordre. L’interconnexion aux fins de programmation judicieuse par des spécialistes qualifiés (du Génie rural, de l’Équipement etc.) peut jouer pour tous les réseaux (routier, d’information etc.). Mais de même que le contrôle du réseau hydrographique doit s’exercer sur le fluide aqueux, celui des autres réseaux de circulation doit s’exercer sur le fluide humain : comment organiser la circulation routière sans informer les chauffeurs ? Je ne doute pas que d’ici l’an 2000 on en arrive à un système national de l’eau (international c’est une autre affaire). Mais reste un détail. S’établira-t-il avant que les difficultés du développement obligent à renoncer au mythe de la croissance indéfinie, ou bien après que celle-ci l’aura remplacé par l’organisation de la survie ? Dans le second cas, la France et l’espèce humaine auraient quelques millénaires devant elles. Mais dans le premier on aurait seulement programmé la catastrophe.


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