Citations, 11

Il fut un temps où l’esprit avait un corps ; où la splendeur des dieux s’exprimait dans des signes sensibles ; où l’indicible s’incarnait dans un symbole taillé dans le roc. Et ce corps appartenait à tout un peuple; ces signes ne s’adressaient pas seulement à quelques initiés, ils parlaient à tous les hommes. Puis les dieux sont morts, et leur sens s’est perdu ; et il n’en est plus resté qu’une forme pure : un squelette de marbre, une fleur glacée dont l’esprit s’est enfui. Un sphinx, ravagé par le temps, où les siècles achèvent d’effacer cet énigmatique sourire qui flotte encore un instant : la Beauté. – Il nous arrive encore parfois d’employer ce mot quand ce sont nos sens qui appréhendent la culture. Mais rien n’est plus fragile que la beauté quand elle se réduit à elle-même : il lui faut la vérité qui lui a donné la vie ; même celle des dieux de porphyre est périssable. L’adagio finit ; et, un instant encore, le divin fantôme tremble avant de s’évanouir dans la nuit. Un instant, nous n’avons pas plus pour répondre au signe qui vient de nous être adressé. Nous n’avons qu’une vie pour remonter, de la culture, jusqu’à la source d’où elle jaillit.

Le Paradoxe de la culture, Denoël, 1965

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