Citations, 10

Le progrès des loisirs ? Non, atteinte fondamentale à l’homme. Certains me comprendront, qui connurent l’instant éternel le jour où ils tirèrent, pantelant, le grand poisson sur la rive. Pour cet instant ils vendraient leur âme. Qu’importe Concorde, la pénicilline, les années rajoutées à la vie, si elle est sans joie ? Si l’on ne peut plus ni chasser ni pêcher, à quoi bon la vie ? C’est pour cela qu’on la gagne. La société qui nous frustre de poisson ou de gibier mérite la haine ; car elle nous frustre bien plus que du pain : du sang de la liberté. Elle nous prive d’air et d’eau, d’espace et de silence, et en guise de bécasse prétend nous faire manger ce rôti de carton qu’elle appelle la Culture. Après tout les Béarnais et les Basques sont bien contraints de défendre une France abstraite ; pourquoi pas leurs pays incarnés dans les chênes et les saumons ? Cela mérite qu’on tue et se fasse tuer afin que la plus forte des voluptés soit transmise à nos enfants. Pêcheur, le jour où tu ne pourras plus pêcher, au moins pars à la chasse : le gros gibier abonde.

Tristes campagnes. Le Pas de côté, 2013

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